Entretien avec Monolithes : Louis et Rémi répondent aux questions de Michael Parque

15.9.2015

" Monolithes est un jeune groupe nantais qui fait tomber les barrières stylistiques et propose une musique fraîche et exigeante. Les scènes et festivals de la région ne s’y sont pas trompés et les voilà programmés un peu partout depuis le début de l’année. Ils s’attaquent maintenant à l’hexagone avec un disque sorti début juillet. Entretien avec Louis Godart fondateur du groupe et guitariste ainsi que Rémi Allain, contrebassiste.

 

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  •    Dites-nous comment s’est formé le groupe Monolithes.

 

Louis : J’avais envie de monter un projet qui aurait pour base le mélange des timbres de la guitare électrique et du vibraphone, avec un contrebasse/batterie pour soutenir le tout, et un vrai travail sur l’espace sonore. J’avais déjà une idée assez précise des gens à qui je voulais faire appel pour ce projet, et par chance ils m’ont tous dit oui. Après une légère période de flottement au début faute de temps de la part de chacun, on a enfin réussi à trouver le moyen de vraiment travailler sur le répertoire et on a lancé la machine.

 

 

  •    Votre nom est il en rapport avec une volonté de son « monolithique », vous donnez l’impression de 4 musiciens dont les personnalités se fondent au service d’un son d’ensemble, un vrai son de groupe ?

 

Louis : Le nom du groupe reste un peu mystérieux, même pour moi, et pourtant j’en suis responsable. C’est de manière assez évidente une référence au monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace, ça impose une présence, une ambiance, une direction et un point de mire pour l’esprit du groupe, un peu mystique et fascinante. Mais je trouve ton analyse assez intéressante dans la mesure où c’est ce que l’on essaye de faire d’un point de vue sonore. Ça t’ennuie si je la reprends à notre compte ? (rires)

 

Rémi  : Pour moi Monolithes c’est attaché à une BD, Le grand pouvoir du Chninkel, une réflexion sur notre incapacité à influer nous-mêmes sur le cours de nos vies, sur notre société et plus généralement notre environnement, c’est très humain et poétique, un peu sombre et la couverture de l’album c’est mon imaginaire du monolithe. Comme le disent les musiciens de Supersilent, ce qui nous dirige simplement, c’est de jouer des sons qui nous plaisent, la rencontre humaine et musicienne qui fait ce projet nous conduit naturellement vers des jonctions esthétiques et cette matière, terre explorable/habitable, nous impose d’une certaine manière le mode de création musicale entre écriture préalable, arrangements collectifs, prise en compte des accidents improvisés pour revenir sur cette écriture. Une grosse histoire de digestion donc !

 

 

  •    Vos structures rythmiques sont élaborées, elles semblent très écrites, proches de ce que l’on trouve dans le métal. Assumez-vous le fait de faire une sorte de math-jazz comme on parle de math-rock ou pensez vous que les étiquettes ont peu d’importance.

 

Louis : En ce qui me concerne, les étiquettes, ça ne m’intéresse pas beaucoup. Manuel Adnot (Sidony Box, Aeris) a coutume de dire que c’est un truc de FNAC, ce avec quoi je suis assez d’accord. Je trouve qu’on passe parfois un peu trop de temps à se demander quel est le style de telle ou telle musique alors qu’il faudrait juste se demander « est-ce que ça me fait ressentir des choses ou non ». Du coup, math-jazz…on nous a proposé hard-jazz aussi…pourquoi pas, les gens font comme bon leur semble. Tant que ça ne cloisonne pas les choses…Nous on dit plutôt progressive jazz, mais si ça n’était que moi on dirait juste rien.

 

Rémi : Pour ce qui est des étiquettes, personnellement je trouve ça assez important aujourd’hui de pouvoir orienter l’imaginaire des gens pour qu’ils puissent se faire une idée d’à quoi ressemble notre musique, du point de vue presse et communication donc, du moment que ces étiquettes ne nous dirigent pas ! il est regrettable par contre que les milieux musicaux soient aujourd’hui si cloisonnés, et ça a un rapport avec une utilisation abusive et mal pensée des étiquettes.

 

 

 

 

  •    Nombreux sont les jeunes groupes aujourd’hui qui optent pour ce type d’écriture, ne craignez vous pas que cela bride les possibilités d’improvisation et de renouvellement par rapport à des formes plus libres, plus ouvertes, et que les limites en soient vite atteintes ?

 

Louis : C’est une question qu’on se pose un peu mais à ce sujet il y a deux choses importantes en ce qui me concerne. La première, c’est qu’on se débrouille pour que l’interplay soit présent en permanence dans la musique que l’on fait, même dans les parties les plus écrites. Du coup même l’écrit peut être sujet à improvisation ou modification. Il arrive fréquemment que quelque chose que l’on a écrit d’une certaine manière se transforme un peu à l’occasion d’une nuance inattendue ou d’un geste imprévu, et plus on joue notre set et plus ça arrive. Un des retours de l’on a fréquemment sur nos concerts, c’est qu’on rigole, on s’amuse, on se regarde tout le temps et on a semble-t-il vraiment beaucoup de plaisir à jouer et à faire vivre notre musique. Sachant ça, on essaye de bien le garder à l’esprit pour toujours avoir une part de fraîcheur, de spontanéité, même dans l’écrit qui est « inamovible » (mais il ne l’est jamais vraiment). La deuxième chose, c’est qu’on assume ce qu’on fait. Le jour où des formes assez « droites » nous ennuieront, on fera autre chose. On a d’ailleurs un peu commencé avec un morceau qui est en ce moment dans les tuyaux, qui est complètement différent de ce qu’on a fait jusque là. Mais de par nos cultures et parcours musicaux respectifs, l’écriture est quelque chose qu’on apprécie vraiment, autant que l’improvisation. Ces deux façons de faire se nourrissent l’une l’autre.

 

Rémi : Rapport à l’improvisation, je pense que la plupart des musiques naît d’un dialogue entre écriture et improvisation, le raffinement d’une forme demande de travailler intensément les deux pratiques.

 

 

 

  •    Monolithes fait déjà beaucoup parler de lui. Votre première scène c’était en première partie de Birds of Paradise au Pannonica et Franck Vaillant a dit « si j’avais un label je les signerais tout de suite ». Vous allez jouer aux RDV de l’Erdre cet été ainsi qu’aux Soleils Bleus avec Guillaume Perret comme invité, vous venez de remporter le Tremplin Jazz 44, comment allez vous faire pour gérer cet engouement et faire évoluer sereinement votre projet artistique loin de toute frénésie ?

 

Louis : Pour l’instant, personnellement je considère qu’il n’y a rien à gérer de ce point de vue. On a la chance d’être soutenus assez tôt dans la vie du groupe par des gens qui comptent dans le réseau jazz des Pays de Loire, et on en a conscience. On bosse, on fait tout pour faire les choses bien et être digne des opportunités qui nous sont proposées, tout en gardant la tête froide et en restant sincères et égaux à nous-mêmes. Je pense que quelque part être dans la scène jazz permet justement de ne pas risquer d’avoir à gérer un « engouement frénétique » comme tu le dis. Les gens me semblent globalement bien intentionnés et respectueux des projets, des musiciens, des intentions, et pas du tout dans une démarche de consommation et de recherche absolue du buzz qui s’essoufflera aussitôt la bonne idée exprimée.

 

Rémi  : Niveau scène/popularité, on a la chance d’avoir de belles occasions de montrer cette musique à des gens, on va donc faire le maximum pour leur montrer le meilleur Monolithes possible, ça nous donne envie de travailler d’autant plus…

 

 

  •    Un album doit sortir bientot ? *

 

Louis : Un EP (longue durée puisqu’il durera 45 minutes…) autoproduit et éponyme sortira ce jeudi 2 juillet au festival Soleils Bleus à Saint-Herblain, où nous ferons justement cette création avec Guillaume Perret dont tu parlais après 2 jours de résidence en sa compagnie. Il y a de gros risques que ça soit très bien, alors venez nombreux, c’est gratuit, le cadre est très beau et il y a plein de super groupes sur 4 jours !

 

Rémi  : L’EP sera super !!!  "

 

 

 

Propos recueillis en juin 2015 par Michael Parque

Source : http://michaelparque.tumblr.com/post/128854069817/entretien-avec-monolithes

 

 

* EP sorti le 2 Juillet 2015. En écoute, vente physique et digitale sur http://monolithes.bandcamp.fr

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